Mathura-Vrindavan-Fatehpur Sikri, 9 février 2008

Zut, je remarque qu'au fil du temps les messages de ce blog sont de plus en plus longs... Pour celui-ci, je vais essayer de faire court...
Ce week-end, avec mon colloc et deux amis, nous avons réservé une voiture pour aller nous balader dans les environs d'Agra, la ville du Taj-Mahal, à 3 heures de route de Delhi. Nous avons donc visité la ville de Mathura, où le Dieu Krishna est né et a passé son enfance (je ne vous expliquerai pas qui est Krishna, le blog doublerait de volume rien qu'avec ce message), et la petite ville de Vrindavan, sur les bords de la Yamuna, la rivière sainte qui coule à Delhi et à Agra.
Le samedi après-midi, nous allions à Fatehpur Sikri, une capitale d'Akbar, un des empereurs moghols : on y trouve une mosquée magnifique, des bâtiments de grès rouge splendides. La capitale qui n'a jamais réellement servi (elle fut abandonnée en raison de l'absence de ressources en eau suffisantes) est aujourd'hui plutôt bien conservée pour ce qui est des bâtiments principaux, et complètement en ruine pour le reste... Elle attire néanmoins de nombreux touristes puisqu'elle est située sur "l'autoroute" Agra-Jaipur, Jaipur étant, faut-il le préciser, la capitale du Rajasthan.
Cependant, la ville de Sikri, située tout à côté, ne voit pas passer beaucoup de touristes... c'est ce que nous recherchions : nous avons été accueillis par une nuée d'enfants qui nous lançaient des "Hello !", et voulaient prendre des tonnes de photos avec nous. Nous avons même été invités à prendre le thé, par un des habitants qui nous a fait visité le village ; je précise que ce n'est pas celui de la photo que vous voyez là... Ce fut un bien meilleur contact avec la population que devant les monuments pour touristes où les arnaqueurs en tout genre règnent en maîtres. Les photos parlent d'elles-mêmes...

Une visite "bling bling !", 25-26 janvier 2008

Au mois de novembre 2008, l'Inde avait officiellement invité Nicolas Sarkozy pour une visite d'Etat initialement prévue pour cinq jours, aux alentours du 26 janvier, le jour de la fête de la République. Finalement, notre président pressé a dû penser qu'il n'était pas là pour des vacances d'Etat, et donc que 2 jours suffiraient largement...
Avant la visite, les médias indiens n'ont cessé de pronostiquer la présence ou non de la désormais mondialement célèbre, Carla... Cela posait beaucoup d'ennuis au protocole indien : où placer la copine du président à table semblait être devenu une affaire d'état, dans ce pays où beaucoup de personnes ne mangent pas à leur faim... Le gouvernement indien a pu pousser un ouf de soulagement puisque, Carla, n'est pas venue. Pourtant, les rumeurs circulaient bon train, notamment à cause d'un "temps libre" de plusieurs heures, dans le programme du président le samedi après-midi, et au cours duquel il comptait faire une visite-éclair au Taj Mahal, le célèbre monument symbole de l'amour...
La première journée de la visite était donc consacrée à des rencontres bilatérales : déjeuner avec la présidente et le premier ministre indiens, rencontre avec la chef du parti majoritaire, (Sonia Gandhi détient en effet le pouvoir réel dans ce pays), etc... Pendant ce temps, la délégation des chefs d'entreprise rencontrait plusieurs ministres, dont le ministre du Commerce, Kamal Nath, pilier du gouvernement à l'énergie débordante.
A la fin de la journée, notre Nicky national et Laurence Parisot tenaient avec Kamal Nath une conférence conjointe devant la presse et un parterre de capitaines d'entreprise français et indiens (...et britannique : Laxmi Mittal était au premier rang). Durant cette conférence économique, j'ai vraiment compris ce que signifiait "rupture de style" avec son prédécesseur... Loin d'un discours fleuve, léché, et finalement un peu endormant, avec prompteur ou oreillette, Sarkozy a parlé sans papier, et sans tabou : l'Inde a été applaudie pour être la plus grande démocratie du monde (il a décoché au passage quelques flèches aux Chinois, ce qui a dû plaire aux Indiens qui ne les aiment pas trop), il s'est fait l'apôtre d'un élargissement du conseil de sécurité de l'ONU. Tout cela pour ensuite, leur rappeler habilement quelqu'unes de leurs obligations notamment en terme de réciprocité sur l'accueil des entreprises étrangères, et sur la lutte contre le réchauffement climatique. Chirac n'aurait sans doute pas osé... Je ne sais pas si Kamal Nath a approuvé, mais en tous les cas, cela avait le mérite d'être clair et franc.
Le samedi, toute la délégation officielle assistait, de la tribune VIP, au défilé de la fête de la République sur l'avenue Raj Path, (les Champs Elysées indiens sans les magasins). Ce genre de défilé est assez pittoresque : entre les régiments de gurkhas et les missiles nucléaires on peut voir des danseuses en costumes traditionnels venant des différentes régions de l'Inde. L'après midi, j'assistais à une conférence donnée par Valérie Pécresse, et qui célébrait les 25 ans de partenariat entre l'ESSEC et l'IIMA. C'était aussi l'occasion de décorer de la Légion d'Honneur, Narayana Murthy, le fondateur d'Infosys, une société de service informatique, véritable institution en Inde. Le nom de Mr Murthy, très respecté ici, était même en bonne place pour le poste de président de la République.
Enfin, dans la soirée, était organisé le traditionnel discours devant la communauté française installée en Inde. Valérie Pécresse et Bernard Kouchner s'étaient déjà livrés à l'exercice lorsqu'ils étaient venus quelques mois auparavant pour préparer ZE visite. Leurs discours avaient été assez similaires : "l'Inde, ce grand pays, [...] la plus grande démocratie du monde [...], une histoire millénaire [...], des liens très forts avec la France [...], vous, mes chers Français qui êtes l'avant garde de notre pays ici", etc... Pauvres ministres, ce genre de discours doit être une véritable corvée ! En fait, le spectacle est plutôt dans le public : on y trouve une grosse majorité du personnel de l'ambassade, quelques expatriés fraichement arrivés, et une multitude de soixant-huitards qui se sont installés ici il y a 30 ans et travaillent pour leur propre compte. Ce genre de réception où l'on vient plus pour les petits fours que la poignée de main avec le ministre, est bien souvent une des seules occasions assurant un lien avec la "mère patrie". Et oui, qu'on soit de gauche, de droite, jeune ou "moins jeune" (pour parler comme eux), on l'aime notre vieux pays ! Surtout quand le champagne à volonté est offert par l'Etat. Quand à la prestation de "Nicky", on se serait cru dans un meeting de campagne présidentielle... Bling! pour la gauche... Bling ! pour le capitalisme aveugle... Bling ! re-bling ! Bref, on est rassuré : là-bas en France, IL s'active pour nous... Par ailleurs, la communauté française s'est vue confier une mission, directement par notre dévoué président : celle de vous raconter, à vous qui êtes en France, nos expériences dans ce pays, (c'est l'objet de ce blog), et d'insister sur le fait, qu'ici, les 35h n'existent pas. Je confirme, les 35h n'existent pas en Inde : les Indiens qui ont une formation supérieure et/ou bossent dans les usines travaillent le double, et ceux qui n'ont pas pu étudier au delà du bac et surtout ceux qui sont au gouvernement, sont en pause perpétuelle ! Mission accomplie...

Un "truc d'expat"... 2 décembre 2007

Le 2 décembre comme chacun sait, est une date sacrée pour tous les fans de Napoléon. C'est aussi la fête de St-Cyr, puisque le 2 décembre 1805, pour la première fois, des élèves officers étaient tués sur un champs de bataille, celui d'Austerlitz. C'est donc pour célébrer cette "fête" que cinq Cyrards en stage à différents endroits de l'Inde, ont invités quelques Français à faire ce qu'on appelle ici, un "truc d'expat" : un après-midi champagne dans un hôtel 5 étoiles ! Bref, le genre de truc qu'on ne peut pas faire en France parce que c'est trop cher, et qui donne l'impression aux Indiens qu'en Occident, on passe notre temps dans ce genre d'endroit...
Bref, pour 2200 roupies, soit environ 40€, on a accès au Shangri La, un prestigeux hôtel 5 étoiles Delhi, avec buffet et Veuve-Clicquot à volonté. Je crois que ce jour là, l'hôtel n'a fait aucun bénéfice avec nous : à une douzaine, nous avons épongé au moins 25 bouteilles, et effectué une gigantesque razzia sur la nourriture, excellente par ailleurs...
En fin d'après midi, Christophe, un collègue, et moi avons visité Safdarjung Tomb, le temps d'avoir les esprits un peu plus clairs. Autant que je me souvienne (ou plutôt, grâce aux photos que j'ai prises -elles ne sont pas floues... bizarre!) je crois pouvoir dire que Safdarjung Tomb est un des monuments les plus jolis de la ville.

Mariage à Jodhpur, 24-25 novembre 2007

Lorsque j'étais à Ahmedabad, j'ai fait la connaissance de Prithwi, un Indien originaire d'un petit village près de Jaipur, au Rajasthan. Il souhaitait absolument m'inviter pour son mariage qui devait avoir lieu en novembre à Jodhpur, la fameuse ville bleue que je n'avais malheureusement pu photographier lors de mon voyage en août. C'est ainsi que je prennais le train le 23 novembre au soir avec Amit et Udaï, deux indiens de la promo de Prithwi et qui habitent à Gurgaon, une ville voisine de Delhi, en plein développement.
Le 24 au matin, nous arrivons à Jodhpur, et nous installons dans l'hôtel réservé par la famille de Prithwi pour les invités, où nous retrouvons d'autres étudiants de l'IIMA. L'après-midi nous (re)-visitons cette ville décidément magnifique.
Enfin, le soir, avait lieu l'évennement : sur son cheval blanc, précédé de musiciens et de feux d'artifice, Prithwi arborait une tenue traditionnelle rajpoute impeccable. La plupart des invités avaient sorti leur plus beau turban, et... on m'en avait mis un de côté ! J'étais donc coiffé d'un turban rajpoute multicolore aussi magnifique qu'insortable en Europe ! Inutile de vous préciser que j'ai fait fureur : tout le monde voulait prendre une photo avec moi, à commencer par un des invités, un fermier qui avait été élu "Mister Desert" dans une foire à Jaisalmer... je vous laisse donc deviner qui est "mister desert" sur les photos... (un indice : c'est très facile, vous ne pouvez pas le rater !).
Le lendemain, en compagnie d'Amit, Udaï et Akshat, nous prennons un rickshaw pour aller à Osiyan, un ville à la frontière du désert. Malheureusement, comme toujours, les Indiens ne savent pas regarder une carte : Osiyan est situé plus loin qu'ils ne l'avaient imaginé : 40km de Jodhpur, ce qui signifie normalement une heure et demie de route en bus ; mais en rickshaw, (surtout ceux de Jodhpur, qui sont d'un modèle ancien), c'est au moins trois heures trente... Donc nous voilà entassés à quatre, sans compter le chauffeur, dans un rickshaw tape-cul, pour 3h30 de trajet sur des routes défoncées... l'horreur... pire que les 13 heures pour aller à Nainital ! Arrivés à Osiyan, nous apprenons que le désert est encore 20km plus loin... Dégoutés, nous nous rabattons sur la visite du temple du coin, et après avoir cherché une voiture en vain, nous prennons le bus pour rentrer. Nous rejoignons Jodhpur de justesse pour prendre le train, et atteignons Delhi tôt le matin suivant. La prochaine fois, je me méfierai des idées farfelues des Indiens !

Uttarakhand, 9-11 novembre 2007

Pour le week-end de Diwali, la plus grosse fête hindoue pendant laquelle les marchands de pétards et de feux d'artifice font fortune, Aurélie (ma colloc) Carine et Antoine (deux "collègues", dans les deux sens du terme) avions décidé de nous échapper de Delhi pour aller respirer l'air des montagnes de l'Uttarakhand, un Etat du Nord, à la frontière avec le Népal. Sur les conseils d'Himanshu qui est originaire de cet Etat, nous sommes allés à Nainital, une petite station balnéaire des premiers contreforts de l'Himalaya, située autour d'un lac encerclé de collines. Nous avons mis près de treize heures au lieu des huit réglementaires pour atteindre cet endroit : la faute à l'encombrement des routes pour ce week-end de "grand-départ" notamment au niveau du Gange où les pelerins innombrables descendaient des cars pour se baigner, mais aussi en raison de l'état des routes elles-mêmes, et surtout à cause de notre chauffeur Matthew, recruté pour l'occasion, qui ne savait pas conduire en montagne (on se retrouvait en 4ième dans des côtes à 10% ; résultat : 2h pour faire les 17 km de montée !).
Arrivés à Nainital dans la soirée, nous trouvons un petit hôtel au confort acceptable et sortons respirer l'atmosphère de Noël qui règne dans la ville. Le lendemain, nous nous baladons sur les crêtes au dessus du lac, et nous nous dirigeons vers l'un des pensionnats de la ville. Les Anglais avaient en effet eu la bonne idée de construire des écoles pour leurs enfants à Nainital, le climat étant beaucoup plus sain qu'à Delhi. A en juger par le nombre d'uniformes bleus ou bordeaux croisés dans les rues, ce sont plusieurs centaines de collégiens qui étudient ici. Comme c'est les vacances, nous avons la chance de pouvoir rentrer et visiter. Tout semble figé dans le temps ; on dirait que depuis le départ des Anglais, rien n'a changé : les immenses dortoirs sont restés froids et impersonnels, et les salles de classe au parquet craquant et dont le verre des encriers est bleui par le temps semblent tout droit sorties d'un roman de la période victorienne. Nous rencontrons même deux professeurs irlandais sans doute aussi âgés que le collège ! "So you teach english to the students?" demandais-je à l'un d'eux, "oh, well... we try" me répond-t-il avec un sourire britannique...
Le lendemain, nous redescendons dans la plaine (les mêmes 17km avec Matthew debout sur les freins !! Aïe !) en direction du Corbett Park, un parc naturel où nous assure-t-on, on peut apercevoir les derniers tigres d'Inde. Nous avons pu observer toutes sortes d'animaux : des daims, des sangliers, des renards, des paons, des singes, et, d'après les tranchés laissées à travers la végétation le long de la route, nous avons manqué de peu la patrouille des éléphants ; mais évidemment, pas de tigres (ouf !)...
L'après midi, nous rentrons à Delhi que nous atteignons tard dans la soirée. Nous sommes tous très contents de ce voyage mais aussi un peu fatigués par la route - enfin, tout de même moins que les plaquettes de freins de notre Tata Indica qui ont crâmé depuis longtemps...

Ahmad Family

En 2005, j'avais déjà réalisé un échange universitaire à Vienne. J'habitais alors dans une résidence universitaire avec d'autres étudiants Erasmus, et parmi eux, Muzamil Ahmad, un texan né au Canada d'un père indien et d'une mère pakistanaise - vive le brassage culturel ! Je suis toujours resté en contact avec lui. Lorsqu'il a su que j'allais habiter à Delhi, il m'a appelé pour me dire : "Hey Gab, you know, I have relatives over there. Gimme your contact details, they will contact you..." Trois jours plus tard, je recevais un appel d'Ehraz, son cousin qui habite avec sa famille à Okhla, un quartier du sud de Delhi... Rendez-vous était pris pour visiter les deux plus beaux monuments de Delhi, le Qutb Minar et Humayun's Tumb. A la fin de la journée, il m'invitait au mariage de son frère Faraz, deux semaines plus tard.
Seul étranger parmi les 1000 invités, j'ai pu découvrir comment se passe un mariage musulman. "L'évennemement" se déroule sur une dizaine de jours consécutifs ponctués de plusieurs cérémonies plus importantes regroupées sur les trois derniers jours... C'est durant l'une de ces cérémonies que la mariée est "présentée" à la belle-famille puisque, faut-il le préciser, la plupart des mariages indiens, quelque soit la religion d'ailleurs, sont des mariages arrangés. Un véritable festin a ensuite lieu (pour consoler la mariée diront les plus mauvaises langues d'entre-vous...) : différents plats indiens sont spécialement cuisinés pour l'occasion. J'en ai alors bien profité pour savourer quelques plats Gujarati que j'avais trouvés excellents pendant mon séjour à Ahmedabad.
Quelques jours plus tard, Ehraz m'invitait, ainsi que Philippe, un ami qui travaille chez Nestlé, à découvrir les vieux quartiers populaires, surpeuplés et grouillants de Old Delhi d'où la famille Ahmad est originaire. Ehraz nous emmèna aussi à la Jama Masjid, la principale mosquée de la ville au coeur de ce brouhaha incessant. Je redécouvrais donc, à mon plus grand bonheur, cette mosquée que j'avais visitée en plein Ramadan au début du mois d'octobre. Nous apprennons qu'une partie de la mosquée renferme des reliques du profète Mahomet. Une empreinte de son pied, un cheveux (!!!), et plusieurs pages originelles du Coran sont en effet enfermés à l'angle nord-est de la mosquée. Elles sont protégées depuis plusieurs générations par deux familles de Delhi... Et devinez quelle est l'une des deux familles ? Et oui... la famille Ahmad ! Le père d'Ehraz fut désigné parmi ses frères protecteur des reliques sacrées... C'est une tâche plutôt prenante puisque Mr. Ahmad et l'autre protecteur de la seconde famille veillent sur les lieux 24 heures sur 24 en se relayant toutes les deux semaines. Lors de notre visite, il a accepté de nous montrer les reliques. Instantanément, des dizaines de personnes étaient autour pour s'incliner devant... Je pense donc qu'elles ne sont pas présentées à tout le monde, et encore moins aux touristes. C'est donc un privilège pour moi de les voir... Tout ça parce que j'ai eu un voisin américain pendant 5 mois en Autriche, trois ans auparavant !

Retour en France... puis à Delhi, septembre 2007

Mon échange à Ahmedabad touchant à sa fin, me voilà de retour en France pour voir ma famille, mes amis, et renouveler mon visa. Je vais en effet faire mon stage de fin d'études à New Delhi pour essayer de connaître d'avantage ce pays.
Je passe donc deux semaines assez reposantes entre Paris, Lyon, l'Ardèche et la Drôme avant de m'envoler le 15 septembre pour la capitale indienne sans vraiment savoir où j'allais mettre les pieds : je sais seulement que je peux loger quelques jours chez Pankaj un ami de Kamal de l'IIMA, à Vasant Kunj, un quartier en pleine mutation du sud de New Delhi. Après deux semaines chez Pankaj je rencontre Aurélie qui va travailler ici en VIA et Cyril qui sera en stage dans une entreprise de consultants. Nous décidons de nous mettre en collocation et trouvons vite un petit appartement situé à South Extension, Part I. Pour les plus motivés d'entre vous, voici les coordonnées googleearth de l'appartement : 28°34'19.69'' Nord et 77°13'06.44'' Est.
South-Ex Part I, (prononcer "Sa-outtex parrrrrt vane"), est un quartier assez spécial qui reflète bien les contradictions de l'Inde : on y trouve en effet des gens plutôt aisés qui parlent très bien anglais. Ce sont en majorité des Hindous et quelques Sikhs. Cependant, à quelques centaines de mètres de mon appartement, il y a plusieurs tombes musulmanes magnifiques qui datent du XVIe siècle, et un peu plus loin se trouve... un bidonville (!!!), puis une rue commerçante très sale, avec des échoppes où l'on peut acheter absolument tout ce que l'on veut au milieu des vaches sacrées broutant les ordures qui jonchent le sol. Enfin, dans l'autre direction, il y a un complexe de magasins avec les grandes marques occidentales : Beneton, Dockers, Arrow, Nike, Lewis, mais aussi Nokia, MacDonalds, etc... On passe donc du Moyen-Âge au XXIe siècle, de la pauvreté à la richesse en quelques centaines de mètres.

Goa, 24-26 août 2007

Hé oui, moi aussi je suis allé à Goa ! Quand Kim m'a invité à se joindre à elle avec Kamal et Himanshu pour un week-end sur la côte de l'Etat de Goa, j'ai un peu trainé des pieds... En fait, j'avais plutôt un apriori négatif sur cet endroit : pour moi, Goa, ce sont des plages de sables fins pour touristes occidentaux en mal de soleil à Noël, ou un paradis pour hippies et autres déboussolés qui viennent pour l'alcool et la fumette. J'ai quand même accepté car je voulais me faire une idée, mais aussi voir à quoi ressemble une ex-colonie portugaise (j'adore le Portugal) et surtout voir autre chose que le campus...
Donc après quelques heures d'avion et une escale à Bombay, nous voilà sur le tarmac de l'aéroport de Goa... sous une pluie battante ! Je sens que j'ai bien fait de venir confronter mes apriori à la réalité. Et oui, la mousson sur la côte ouest est plus forte qu'à Ahmedabad ! Après avoir négocié un taxi, nous partons au nord de la ville nous enterrer dans un petit hôtel le temps que la météo s'améliore. Le lendemain, nous louons deux motos à la recherche d'une plage sympa. Premier constat : pas beaucoup de touristes (j'apprends que c'est pas la saison !), deuxième constat, les vagues sont énormes, presque comme celles du Portugal. Cependant, les plages ne sont pas aussi propres que sur les cartes postales... En fait, elles sont nettoyées avant la saison touristique. Une fois trouvé notre "petit" bout de plage plus propre que les autres, nous passons le week-end à siroter de la Kingfisher sur des transats, à manger de délicieuses crevettes au piment, les fameuses "chili prawns", et à se baigner dans les rouleaux. Les soirs, nous nous baladons à moto dans les villages des alentours entre les églises et les forts construits par les Portugais.
Finalement, malgré quelques coups de soleil mémorables, je suis vraiment content de ce périple très reposant qui m'a permis de découvrir un autre aspect de l'Inde, et de me réconcilier avec Goa.

Independence day - Stepwell, 15 août 2007

Le 15 août, comme chacun sait, c'est l'Assomption. Mais ici, où seulement près de 2% de la population est chrétienne, les Indiens fêtent leur indépendance et la fin du Raj britannique. Une cérémonie avec drapeau et enfants au gardes-à-vous (le patriotisme est assez fort ici, notamment avec un voisin comme le Pakistan), avait donc lieu sur l'esplanade du campus de l'IIMA. L'école primaire voisine qui s'occupe d'enfants défavorisés de la ville est gérée en partenariat avec des étudiants de l'IIMA. Tout le personnel du campus assistait à la cérémonie sauf une grosse majorité d'étudiants qui profitaient de ce jour férié pour... travailler !
L'après midi, je partais avec Prashant, un de mes dorm-mate, et deux de ses amis pour faire un bike-trip. N'imaginez pas que c'est un tour en VTT... personne ne fait de vélo à 45°C à l'ombre ! Ici, "bike" signifie "moto" ! Nous sommes donc aller visiter le "step-well" situé entre Ahmedabad et la capitale administrative du Gujarat, Gandhinagar (à 30km au Nord). Alors, évidemment, qu'est-ce qu'un stepwell ? Ce n'est rien d'autre qu'un très grand puit de 30 ou 40 mètres de profondeur, ayant plus ou moins une importance religieuse. Je ne sais quel seigneur local venait y faire ses ablutions. On accède au fond du puit par un système d'escaliers et de plateformes sans rebord, au dessus du vide... S'abstenir si vous êtes sujet au vertige ! Les murs et les colonnes qui soutiennent les plateformes sont sculptés dans de la pierre ocre. Cela rend l'ensemble tout simplement magnifique.

Jaisalmer et Jodhpur, 9-12 août 2007

Trois semaines après le périple à Pune au Maharashtra, Kim (aussi en échange à Ahmedabad), Bhaskar, Manish (deux étudiants de l'IIMA) et moi-même, sommes allés à Jaisalmer, une ville en plein désert du Rajasthan, à 160 km de la frontière avec le Pakistan. Après avoir visité la petite ville intérieure (comprendre à l'intérieur du fort), nous avons fait LE truc pour touriste par excellence : le "camel safari" ! Au programme : deux jours à dos de chameau dans le désert, en plein soleil, accompagnés de trois "bédouins" locaux, avec une nuit à la belle étoile à la clé... Hormis le chameau un peu tape-cul (ceux d'entre vous qui ont fait ça au Maroc ou en Tunisie savent de quoi je parle), c'était très sympa, surtout la nuit à la belle étoile. Une petite anecdote : un des guides a eu la bonne idée de marcher pieds-nus dans le sable, la nuit tombante... Evidemment il s'est fait piquer par une bestiole, d'après lui un scorpion ! Naïf, où plutôt conditionné par mes réflexes d'Européen, j'ai cru qu'il fallait qu'on annule tout, et qu'on reparte au galop au village le plus proche pour tenter de lui sauver la vie... Eh ben non ! Un peu de pate de dentifrice sur la plaie, et le lendemain, il courrait devant les chameaux ! Un pays de fous, je vous dis...
Après Jaisalmer, Kim et moi avons retrouvé pour une journée à Jodhpur, Himanshu (aussi de l'IIMA) et son amie qui arrivaient de Delhi. Ce fut la visite du fort très impressionant qui domine la ville, le marché de la ville basse, et le palais du Maharaja du coin : un truc énorme datant du début du siècle, transformé en hôtel pour touristes occidentaux. Malheureusement, je n'avais plus de batterie dans mon appareil pour photographier Jodhpur et les fameux murs bleus des habitations. Celà m'a donné un prétexte pour revenir trois mois plus tard...

Autour de Pune, 21-22 juillet 2007

Pune est la deuxième ville la plus importante du Maharashtra après Bombay. Elle est située à 130-150 km au sud-est de Bombay, vers l'intérieur des terres. Sa proximité avec la plus grosse mégalopole d'Inde qui connait d'énormes problèmes d'infrastructures dûs à un développement effreiné, en a fait l'endroit idéal pour les investisseurs. Avec plus de 7 millions d'habitants, Pune a émergé comme un centre important pour l'agriculture et notamment les biotechnologies, mais aussi dans le domaine des technologies de l'information. Cette ville, connue pour ses universités et le nombre de régiments de l'armée indienne qui y stationnent (allez savoir pourquoi...), se transforme donc à une vitesse incroyable : les grandes enseignes occidentales et indiennes apparaissent un peu partout ; c'est un peu comme la ville nouvelle d'Ahmedabad dont je vous parlais dans un message précédent.
Très bien pour le petit cours de géographie économique me direz-vous mais qu'est-ce que tu es allé y faire ? Ben justement, je n'y suis pas allé... enfin, hormis la gare et le marché agricole, je n'ai pas vraiment visité. En fait, fin juillet, notre professeur de "Rural Marketing" de l'IIMA y a emmené quelques élèves pour étudier comment le marché agricole des fruits et légumes (l'un des plus gros du pays), fonctionnait. D'après ce que j'en ai compris, ça marche plus ou moins comme le marché de Rungis, mais à l'indienne. Je vous laisse imaginer...
On a également profité du voyage pour se rendre dans une "petite" ville dont le nom m'échappe (en fait, il m'a toujours échappé !), située à une centaine de kilomètres pour voir le marché local. Et surtout, sur la route, nous nous sommes arrêtés sur les vignes du groupe "Château Indage" qui est le plus gros producteur de vins et de champagne -pardon, mousseux- du pays. Malheureusement, les photos étaient interdites (?!?). Bref, petit séjour riche d'enseignements sur l'état de l'agriculture indienne...

L'excellence académique

L'IIMA n'est pas réputé être la meilleure école de management d’Asie pour rien : les étudiants y travaillent jours et nuits. Ne me croyez pas si vous le voulez, mais je vous assure que c’est vrai… C'est assez déroutant au début, mais après une semaine à ce rythme de vie, on s'y fait assez bien. La journée est réservée aux cours qui se déroulent sous forme d’une discussion autour d'un cas, et la nuit est mise à profit pour préparer les cas des séances de cours du lendemain. Chaque cas fait environ une trentaine de pages sans compter les 2 ou 3 articles complémentaires aussi volumineux qui aident à mieux maîtriser le sujet. On est donc rarement couché avant 4 ou 5 heures du matin (pour les plus fatigués). Les étudiants indiens sont tellement habitués à ce rythme de vie que même dans les périodes moins chargées, ils préfèrent regarder des Bollywoods, jouer au badmington, au pingpong, ou même au cricket à l'intérieur des dorms jusqu’à 5heures du matin plutôt que d’en profiter pour dormir...

Les dorms...

L'ambiance au sein des dorms est tout simplement extraordinaire : les étudiants étant loin des leurs et constamment sous la pression des cours, le "dorm" (c'est-à-dire "unité de vie" pour reprendre les termes de mon frère architecte, ou plus simplement "dortoir") devient vite le foyer d'une véritable famille. Chaque anniversaire est célébré comme il se doit dans la tradition des universités indiennes, avec gâteau à la crème sur la figure et grands coups de claquettes sur les fesses jusqu'à plus pouvoir s'asseoir, et les soirées à l'exterieur du campus se déroulent quasi exclusivement avec les étudiants du dorm, les "dorm-mates".
Chaque étudiant se voit attribuer un surnom (le « dorm-name ») par ces dorm-mates qui sont les seuls à en connaitre l’origine. Pourtant, la plupart des étudiants des autres dorms (et même certains profs !) ne connaissent que le surnom de leur amis... cela donne lieu à quelques situations assez embarrassantes puisque certains dorm-names sont assez osés...
Mon dorm était le dorm 8 et mon dorm-name était « Gabbar » du nom d'un célèbre méchant du film indien « Sholay ». Au sein du campus, tout le monde me connaît sous ce patronyme, mais ne comptez pas sur moi ni sur mes dorm-mates pour vous en révéler l’origine…

L'IIMA...

Le campus est situé à l'ouest de la rivière Sabarmati qui sépare la ville d'Ahmedabad en deux : Old Ahmedabad, à l'est de la rivière, est, je pense, une des seules vieilles villes d'Inde qui soit restée authentique et vierge de tout touriste. New Ahmedabad, à l'ouest est le poumon économique de la ville où poussent les buildings modernes occupés par les galeries marchandes, des cinémas, des instituts de recherche, et des sièges d'entreprises attirées par les avantages fiscaux qu'offre le gouvernement du Gujarat aux investisseurs.
Le campus est un ensemble de bâtiments conçus par l'architecte américain Louis Kahn, entièrement en briques rouges. On y trouve tout d'abord les fameux dorms, au nombre de 18, où vivent tous les étudiants, la bibliothèque (une des plus grosses de toute l'Asie), les salles de cours, le mess, l'auditorium pour les conférences et les soirées, des bâtiments administratifs (oui, on est en Inde...), et les habitations des professeurs et de tout le personnel qui travaille sur le campus (les gardes, les cuisiniers et les serveurs du mess, les balayeurs, les secrétaires, les chauffeurs etc...). Bref ça fait du monde...

L'Inde ! Pourquoi ?...

Alors voilà... pour ceux d'entre vous qui ne le savent pas, j'ai atterri en Inde le 4 juin dernier à Ahmedabad, la plus grosse agglomération de l'Etat du Gujarat (plus de 6 millions d'habitants), à l'ouest de l'Inde. J'allais y vivre 3 mois dans le cadre d'un accord d'échange avec l'Indian Institute of Management de cette ville (l'IIMA).

Ce qui m'attirait dans ce pays c'était d'abord le pays en lui même, si riche et si divers par son histoire et sa culture, mais aussi l'opportunité de voir enfin "l'autre visage" de la mondialisation : loin des délocalisations des entreprises si souvent relatées dans les médias des pays riches, je voulais vivre et ressentir le formidable espoir que la mondialisation représente pour ce pays encore très pauvre. Quelle meilleure place que l'IIMA, la meilleure Business School de l'Inde pour ressentir le nouveau dynamisme et le vent d'optimisme qui souffle sur l'Inde depuis quelques années à peine ?

Ces trois mois à Ahmedabad m'ont permis d'apprécier ce pays, mais aussi de nouer de nombreux contacts avec les étudiants de l'IIMA. A l'issue de cette période, j'étais loin d'avoir vu tout ce que j'avais à voir ici, et j'ai donc décidé de rester plus longtemps en travaillant à New Delhi.

Bienvenue !

Bonjour à tous !
Au moment où j'entame ce blog, un carrosse transportant l'effigie de je ne sais quelle divinité hindoue passe sous le balcon de mon appartement. Le vacarme assourdissant de la fanfare qui le précède ne dérange pas la nuée d'enfants qui l'entourent ni les habitants de la rue qui se précipitent faire des offrandes. Cela résume assez bien l'ambiance de tous les jours ici, à New Delhi...
C'est pour que vous n'en perdiez pas une miette que je me mets (enfin...) au blog. Et puis aussi, depuis le temps que vous me réclamiez des nouvelles et des photos de mes voyages, je crois que ce blog sera un bon moyen pour répondre à vos attentes.
Bienvenue donc dans mon carnet de voyage !