
Au mois de novembre 2008, l'Inde avait officiellement invité Nicolas Sarkozy pour une visite d'Etat initialement prévue pour cinq jours, aux alentours du 26 janvier, le jour de la fête de la République. Finalement, notre président pressé a dû penser qu'il n'était pas là pour des vacances d'Etat, et donc que 2 jours suffiraient largement...
Avant la visite, les médias indiens n'ont cessé de pronostiquer la présence ou non de la désormais mondialement célèbre, Carla... Cela posait beaucoup d'ennuis au protocole indien : où placer la copine du président à table semblait être devenu une affaire d'état, dans ce pays où beaucoup de personnes ne mangent pas à leur faim... Le gouvernement indien a pu pousser un ouf de soulagement puisque, Carla, n'est pas venue. Pourtant, les rumeurs circulaient bon train, notamment à cause d'un "temps libre" de plusieurs heures, dans le programme du président le samedi après-midi, et au cours duquel il comptait faire une visite-éclair au Taj Mahal, le célèbre monument symbole de l'amour...
La première journée de la visite était donc consacrée à des rencontres bilatérales : déjeuner avec la présidente et le premier ministre indiens, rencontre avec la chef du parti majoritaire, (Sonia Gandhi détient en effet le pouvoir réel dans ce pays), etc... Pendant ce temps, la délégation des chefs d'entreprise rencontrait plusieurs ministres, dont le ministre du Commerce, Kamal Nath, pilier du gouvernement à l'énergie débordante.
A la fin de la journée, notre Nicky national et Laurence Parisot tenaient avec Kamal Nath une conférence conjointe devant la presse et un parterre de capitaines d'entreprise français et indiens (...et britannique : Laxmi Mittal était au premier rang). Durant cette conférence économique, j'ai vraiment compris ce que signifiait "rupture de style" avec son prédécesseur... Loin d'un discours fleuve, léché, et finalement un peu endormant, avec prompteur ou oreillette, Sarkozy a parlé sans papier, et sans tabou : l'Inde a été applaudie pour être la plus grande démocratie du monde (il a décoché au passage quelques flèches aux Chinois, ce qui a dû plaire aux Indiens qui ne les aiment pas trop), il s'est fait l'apôtre d'un élargissement du conseil de sécurité de l'ONU. Tout cela pour ensuite, leur rappeler habilement quelqu'unes de leurs obligations notamment en terme de réciprocité sur l'accueil des entreprises étrangères, et sur la lutte contre le réchauffement climatique. Chirac n'aurait sans doute pas osé... Je ne sais pas si Kamal Nath a approuvé, mais en tous les cas, cela avait le mérite d'être clair et franc.
Le samedi, toute la délégation officielle assistait, de la tribune VIP, au défilé de la fête de la République sur l'avenue Raj Path, (les Champs Elysées indiens sans les magasins). Ce genre de défilé est assez pittoresque : entre les régiments de gurkhas et les missiles nucléaires on peut voir des danseuses en costumes traditionnels venant des différentes régions de l'Inde. L'après midi, j'assistais à une conférence donnée par Valérie Pécresse, et qui célébrait les 25 ans de partenariat entre l'ESSEC et l'IIMA. C'était aussi l'occasion de décorer de la Légion d'Honneur, Narayana Murthy, le fondateur d'Infosys, une société de service informatique, véritable institution en Inde. Le nom de Mr Murthy, très respecté ici, était même en bonne place pour le poste de président de la République.
Enfin, dans la soirée, était organisé le traditionnel discours devant la communauté française installée en Inde. Valérie Pécresse et Bernard Kouchner s'étaient déjà livrés à l'exercice lorsqu'ils étaient venus quelques mois auparavant pour préparer ZE visite. Leurs discours avaient été assez similaires : "l'Inde, ce grand pays, [...] la plus grande démocratie du monde [...], une histoire millénaire [...], des liens très forts avec la France [...], vous, mes chers Français qui êtes l'avant garde de notre pays ici", etc... Pauvres ministres, ce genre de discours doit être une véritable corvée ! En fait, le spectacle est plutôt dans le public : on y trouve une grosse majorité du personnel de l'ambassade, quelques expatriés fraichement arrivés, et une multitude de soixant-huitards qui se sont installés ici il y a 30 ans et travaillent pour leur propre compte. Ce genre de réception où l'on vient plus pour les petits fours que la poignée de main avec le ministre, est bien souvent une des seules occasions assurant un lien avec la "mère patrie". Et oui, qu'on soit de gauche, de droite, jeune ou "moins jeune" (pour parler comme eux), on l'aime notre vieux pays ! Surtout quand le champagne à volonté est offert par l'Etat. Quand à la prestation de "Nicky", on se serait cru dans un meeting de campagne présidentielle... Bling! pour la gauche... Bling ! pour le capitalisme aveugle... Bling ! re-bling ! Bref, on est rassuré : là-bas en France, IL s'active pour nous... Par ailleurs, la communauté française s'est vue confier une mission, directement par notre dévoué président : celle de vous raconter, à vous qui êtes en France, nos expériences dans ce pays, (c'est l'objet de ce blog), et d'insister sur le fait, qu'ici, les 35h n'existent pas. Je confirme, les 35h n'existent pas en Inde : les Indiens qui ont une formation supérieure et/ou bossent dans les usines travaillent le double, et ceux qui n'ont pas pu étudier au delà du bac et surtout ceux qui sont au gouvernement, sont en pause perpétuelle ! Mission accomplie...